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Regard d'historien

Regard d'historien a pour vocation de vous informer sur l'histoire de la gendarmerie nationale : actualités culturelles, publications, travaux universitaires, sans pour autant prétendre à l'exhaustivité.

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Pourquoi les jeunes chercheurs devraient écrire pour The Conversation

Publié le 2 Août 2026 dans Médias, Transmission, article, histoire, presse

À l'occasion de la publication de mon sixième article pour The Conversation, je voudrais attirer l'attention des doctorants, jeunes docteurs et jeunes enseignants-chercheurs sur l'intérêt de publier dans les médias, et dans celui-ci en particulier.

J'entends ici les réticences de quelques collègues, dont j'ai fait d'ailleurs partie pendant longtemps : quel intérêt s'agissant de simples tribunes ou d'un exercice de vulgarisation sans véritable intérêt scientifique ? Pourtant, je peux dire aujourd'hui que mon expérience est tout autre.

Depuis 2015, The Conversation France, dont je tiens à préciser que je ne détiens aucune action, occupe une place originale dans le paysage médiatique. Média généraliste en ligne, porté par les établissements d'enseignement supérieur et de recherche sous la forme d'une association à but non lucratif, il s'est forgé l'ambition de mettre la recherche au service du débat public. Les articles sont écrits par des universitaires et des chercheurs, puis travaillés avec des journalistes afin d'être accessibles au plus grand nombre, sans sacrifier la rigueur scientifique.

En quoi cette collaboration est-elle enrichissante ? Elle oblige le chercheur à se poser des questions essentielles : quelle est l'idée centrale de mes travaux ? Pourquoi cette recherche intéresse-t-elle la société ? Comment expliquer des notions complexes sans les dénaturer ? En d'autres termes, il ne s'agit pas de simplifier la science, quel que soit son objet, mais de la rendre intelligible pour tous.

L'autre intérêt, que j'ai pu mesurer, réside dans la diffusion de ses contenus. Les articles, publiés sous licence Creative Commons, sont régulièrement repris par de nombreux médias nationaux et régionaux, permettant aux travaux des chercheurs de toucher un public bien plus large que celui des seules revues scientifiques. Ce fut notamment mon cas pour mon article d'avril 2024, qui fut repris et diffusé intégralement dans les pages du journal Sud Ouest.

À une époque où la place de la science, en particulier de l'histoire, dans le débat public est parfois remise en question, voire tout simplement oubliée, cette médiation me paraît faire pleinement partie des missions de l'universitaire.

Permettez-moi donc d'encourager les jeunes chercheurs à franchir le pas. Engagez-vous ! Vous découvrirez une autre manière d'écrire, de présenter vos recherches et de dialoguer avec la société. L'exercice est exigeant,  parfois déstabilisant, croyez-en mon expérience, mais il est extrêmement formateur. Je peux même dire qu'il m'a été d'une grande aide dans l'élaboration de mon livre.

En effet, contrairement à une idée reçue, publier dans les médias, et en particulier pour The Conversation, ne consiste pas à abandonner les standards académiques, bien au contraire : il s'agit de mettre son expertise au service de tous. C'est aussi cela la transmission des savoirs !

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Nouvel article dans The Conversation : quand la Révolution française éclaire le débat sur l'usage des armes

Publié le 29 Juillet 2026 dans Usage des armes, Assemblée nationale, Gendarmerie, article, défense, forces de sécurité, histoire, maréchaussée, militaire, police, presse

J'ai le plaisir de vous annoncer la publication de mon dernier article pour The Conversation : Forces de l'ordre et recours aux armes : comment la Révolution française a posé les termes du débat.

 

Profitant des débats suscités par la récente proposition de loi sur la présomption d'usage légitime des armes, je vous propose de revenir aux origines de la doctrine française de la force publique.

En effet, contrairement à une idée répandue, les principales questions qui nourrissent aujourd'hui les controverses ne sont pas nouvelles !

 

J'espère que cette mise en perspective historique contribuera à enrichir un débat marqué par la polarisation des positions.

 

Bonne lecture !

 

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Nouvelle publication : Des gendarmes, des francs-maçons et des gendarmes francs-maçons face à la répression antimaçonnique sous Vichy (1940-1944)

Publié le 21 Avril 2026 dans Gendarmerie, Revue, Seconde Guerre Mondiale, Université, armées, article, commandement, guerre, histoire, militaire, mémoire, recherche, Franc-maçonnerie

J’ai le plaisir de vous signaler la publication de mon dernier article dans la revue Histoire Politique, Revue du Centre d'histoire de Sciences Po, accessible en ligne ici : https://journals.openedition.org/histoirepolitique/23297

Intitulé " Des gendarmes, des francs-maçons et des gendarmes francs-maçons face à la répression antimaçonnique sous Vichy (1940-1944) ", ce travail s’inscrit dans le prolongement de mes recherches doctorales consacrées au commandement de la gendarmerie sous l’Occupation.

 

Cet article est né d’une surprise historiographique. En effet, au fil de mes recherches, un angle demeurait largement inexploré : la place de la gendarmerie dans la répression antimaçonnique menée par le régime de Vichy, un sujet longtemps resté en marge des travaux existants.

La constitution et l’exploitation d’un corpus inédit d’une cinquantaine de gendarmes identifiés comme francs-maçons m'ont permis d’ouvrir une perspective nouvelle. Cette découverte, à la fois marginale dans mon projet initial et riche d’enseignements, s’est progressivement imposée comme un objet d’étude à part entière.

 

L’analyse met en lumière plusieurs éléments essentiels :

  • Une institution tiraillée entre loyauté à l’État, contraintes politiques et dynamiques internes ;
  • Des pratiques contrastées, allant d’une application stricte des lois d’exclusion à des formes de prudence ou de distance ;
  • Une diversité de trajectoires individuelles, révélatrice d’un positionnement loin d’être uniforme.

 

Au-delà du cas étudié, cet article invite à dépasser les lectures binaires. Il propose de penser la gendarmerie non pas comme une institution uniformément " soumise " ou " résistante ", mais comme le produit d’un enchevêtrement de logiques institutionnelles, idéologiques et professionnelles. Cette approche permet d’enrichir, je l'espère, la compréhension des administrations sous Vichy, en restituant la complexité des comportements et des décisions.

 

Ce travail rappelle enfin une évidence méthodologique : les archives réservent toujours des surprises ! C'est ainsi que certaines pistes, d’abord secondaires, peuvent se révéler décisives pour renouveler un champ de recherche. C’est précisément ce que j’ai souhaité partager à travers cet article.

 

Bonne lecture à toutes et à tous, et au plaisir d'échanger autour de ces questions !

 

 

 

 

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De la contestation à la confrontation : la transformation des violences sociales et politiques en France à l’épreuve de la gendarmerie

Publié le 10 Avril 2026 dans Violences, Gendarmerie, forces de sécurité, Actualité, Ruralité, article, gendarmerie mobile, histoire, maréchaussée, militaire, police, résilience

Depuis une dizaine d’années, la France connaît une transformation profonde de ses formes de violence sociale et politique. Ce qui relevait historiquement de conflits encadrés tend désormais à se recomposer en une conflictualité diffuse, souvent imprévisible et partiellement désinstitutionnalisée. Cette mutation ne se limite pas à une augmentation quantitative des violences : elle en modifie la nature même.

Les sociologues et politologues soulignent ainsi l’émergence d’une reconfiguration politique de la violence, où celle-ci n’apparaît plus comme un débordement marginal mais comme un mode d’expression jugé légitime par une partie de la population. Cette évolution traduit une rupture plus profonde du contrat social, marquée par une défiance accrue envers les institutions et une fragilisation du monopole étatique de la violence légitime, cœur de la définition de l’État moderne.

Cette évolution est-elle pour autant totalement inédite ? Comme le montre l’historien Aurélien Lignereux dans la Nouvelle histoire de France, la violence accompagne depuis longtemps les transformations politiques et sociales françaises. Mais elle ne suit pas une trajectoire linéaire : loin de disparaître, elle se transforme, se régule et se réinvente en fonction des contextes et des formes d’action collective.

Dans ce contexte, les forces de l’ordre, en particulier la gendarmerie nationale, constituent un observatoire particulièrement pertinent. Cette dernière, présente sur l’essentiel du territoire, notamment dans les espaces ruraux et périurbains, se situe au contact direct des recompositions sociales et des tensions locales. Elle est à la fois actrice du maintien de l’ordre et révélateur des transformations en cours.

Ainsi, les évolutions actuelles des violences traduisent moins une augmentation qu’une reconfiguration des rapports au politique et à l’autorité, dans un contexte de fragmentation sociale et de redéfinition des modalités de régulation étatique.

 

***

 

La transformation des violences : vers une « politisation diffuse »

De la violence comme débordement à la violence comme langage politique

Sur le temps long, les formes de violence évoluent avec les modes de contestation. Au XIXe siècle, le recul des insurrections armées, en particulier après la Commune, s’accompagne ainsi d’un déplacement vers des formes d’action plus encadrées, comme la grève ou la manifestation. Comme l’a montré la sociologie historique, les répertoires d’action collective se transforment en fonction des opportunités politiques et des réponses de l’État. La violence ne disparaît pas : elle change de forme. Plusieurs mutations récentes peuvent ainsi être mises en évidence.

La première mutation tient à la requalification de la violence elle-même. Traditionnellement perçue comme un excès marginal dans l’espace démocratique, elle tend aujourd’hui à être intégrée comme un mode d’action politique à part entière. Le juriste Jean-Eric Schoettl évoque une forme de « décivilisation » où la violence remplace progressivement le débat comme vecteur d’expression collective. Ce phénomène s’observe tant dans les mobilisations sociales que dans les interactions quotidiennes avec les représentants de l’État. Les forces de l’ordre, mais aussi les élus locaux, deviennent des cibles directes de cette conflictualité.

Le rapport du Centre d’analyse et de lutte contre les atteintes aux élus (CALAE) confirme cette tendance en objectivant la montée des atteintes aux élus, avec 2 501 faits recensés en 2024, dont une part significative de menaces et d’outrages. La centralité des élus locaux dans ces violences souligne le déplacement du conflit vers des figures de proximité incarnant l’autorité publique.
 

Une individualisation des violences et la fin des médiations collectives

La seconde transformation réside dans l’individualisation croissante des actes violents. Contrairement aux mouvements sociaux structurés du passé, les violences contemporaines échappent de plus en plus aux organisations intermédiaires (syndicats, partis, associations).

Luc Rouban, directeur de recherche émérite au CNRS, met en évidence l’émergence d’agressions commises par des « citoyens ordinaires sans passé militant », traduisant une désintermédiation du conflit. Cette évolution renvoie à une crise des corps intermédiaires et à une perte de capacité de régulation collective.

Cette individualisation s’accompagne d’une logique consumériste du rapport à l’État : les agents publics sont perçus comme des prestataires, et leur défaillance supposée peut justifier des réactions violentes. Il en résulte une banalisation des agressions contre les représentants de l’autorité.

 

Une hybridation des formes de violence : entre social, politique et criminel

Enfin, les violences contemporaines se caractérisent par une hybridation croissante. Les frontières entre violence sociale, violence politique et criminalité organisée tendent à s’estomper. L’exemple du narcotrafic est particulièrement éclairant. Celui-ci ne se limite plus à une activité criminelle, mais s’inscrit dans une logique de contrôle territorial, parfois décrite comme quasi-militaire. Il entre ainsi en concurrence directe avec l’État dans certains espaces.

De même, certaines mobilisations politiques radicalisées, tel que l’écoterrorisme, témoignent d’une montée en intensité des modes d’action, là aussi en copiant les codes militaires. Cette hybridation complexifie considérablement la réponse publique, en brouillant les catégories traditionnelles d’analyse.

 

Une crise du lien politique et du monopole de la violence légitime

La fragmentation du corps social : vers une « société archipel »

La transformation des violences contemporaines ne peut être comprise sans la replacer dans une dynamique plus large de fragmentation du corps social. L’analyse de Jérôme Fourquet converge vers l’idée d’une société française de plus en plus désagrégée, où les individus ne se reconnaissent plus dans un projet collectif commun : « un archipel d’îles s’ignorant les unes les autres ».

L’historien, philosophe et sociologue Marcel Gauchet évoque ainsi une société ayant déséquilibré son « noyau de l’être-ensemble », marquée par une perte du sentiment d’appartenance et une montée des logiques identitaires. Cette fragmentation produit un effet direct sur les formes de conflictualité : en l’absence de médiations collectives et de référents communs, le conflit tend à se radicaliser. La violence apparaît alors comme un moyen de réaffirmer une identité ou de compenser un sentiment d’invisibilité sociale.

Ce processus s’inscrit également dans une dynamique plus longue de « civilisation des mœurs », théorisée par Norbert Elias, marquée par un renforcement de l’autocontrôle individuel et une délégitimation progressive de la violence directe. Mais cette pacification relative ne signifie pas la disparition du conflit : elle s’accompagne au contraire de sa recomposition, dans des formes parfois plus diffuses, symboliques ou indirectes.

 

L’érosion de la légitimité étatique et la contestation du monopole de la violence

Dans la tradition weberienne, l’État moderne se définit par le monopole de la violence légitime. Or, l’un des traits les plus marquants de la période contemporaine réside précisément dans la remise en cause de ce monopole.

Plusieurs indicateurs témoignent de cette évolution. D’une part, une part non négligeable de la population considère désormais la violence comme légitime dans certaines situations, notamment pour défendre des intérêts privés ou des convictions. D’autre part, les violences dirigées contre les représentants de l’État — forces de l’ordre, élus, agents publics — se banalisent.

Les dernières élections municipales illustrent cette tendance à travers la persistance d’un niveau élevé d’atteintes aux élus, qui incarnent pourtant la légitimité démocratique locale. Le fait que les maires soient les principales cibles souligne le caractère profondément politique de cette remise en cause, comme le souligne le sociologue Michel Wieviorka.

Cette dynamique traduit une mutation du rapport à l’autorité : celle-ci n’est plus perçue comme légitime en soi, mais conditionnée à son efficacité immédiate. Lorsque l’État est jugé défaillant, certains individus ou groupes s’autorisent à recourir à la violence, contribuant ainsi à une forme de « privatisation » de l’usage de la force, pour reprendre l’expression de Luc Rouban.

 

Territorialisation des violences et logiques de sécession

La crise du monopole de la violence légitime se manifeste également par une territorialisation croissante des violences. Certains espaces — urbains comme ruraux — deviennent le théâtre de formes spécifiques de conflictualité, parfois durables.

Le développement de zones d’emprise du narcotrafic en constitue une illustration particulièrement frappante. Dans ces territoires, des groupes criminels imposent leurs propres normes, contrôlent les flux économiques et recourent à la violence pour maintenir leur domination. Il ne s’agit plus seulement de délinquance, mais d’une véritable concurrence avec l’autorité étatique. La DZ Mafia en est un parfait exemple comme le montre Davide Bremi, chercheur au CNAM.

Parallèlement, des formes de sécession plus diffuses émergent, qu’elles soient idéologiques (radicalisation politique), territoriales (repli communautaire) ou numériques (enfermement dans des sphères informationnelles homogènes). Ces dynamiques contribuent à affaiblir l’unité du cadre national et à multiplier les foyers de tension dans ce que Hasna Hussein appelle le « zapping de la radicalité ».

Dans ce contexte, l’action de l’État — et en particulier celle des forces de sécurité intérieure — se complexifie. Elle ne consiste plus seulement à maintenir l’ordre, mais à réaffirmer une légitimité contestée dans des espaces où celle-ci est fragilisée.

Cette crise du monopole de la violence légitime pose directement la question du rôle des institutions chargées de l’incarner. À cet égard, la gendarmerie nationale occupe une position singulière : à la fois force de sécurité, institution territoriale et interface entre l’État et la population.

 

La gendarmerie nationale à l’épreuve des recompositions de la violence

Une institution historiquement ancrée dans le territoire

La singularité de la gendarmerie nationale tient d’abord à son inscription historique dans les territoires. Héritière de la maréchaussée, elle constitue l’une des plus anciennes formes de présence étatique continue au plus près des populations : « le corps le plus utile de l’État ».

Comme le précise la loi du 28 Germinal an VI (17 avril 1798), la gendarmerie est « particulièrement destinée à la sûreté des campagnes et des grandes routes », ce qui en fait une institution structurante du maillage territorial français . Aujourd’hui encore, elle couvre environ 95 % du territoire et intervient auprès de près de la moitié de la population, principalement dans les espaces ruraux et périurbains.

Cette profondeur historique explique une caractéristique essentielle : la gendarmerie n’est pas seulement une force d’intervention, mais aussi une institution de présence. Elle incarne l’État dans des espaces parfois éloignés des centres décisionnels, contribuant à maintenir un lien quotidien entre autorités publiques et citoyens.

Cependant, cette proximité constitue une ambivalence. Historiquement perçue comme une force intrusive imposant les normes étatiques, la gendarmerie est progressivement devenue un acteur attendu de la sécurité locale, ainsi que le souligne Benoît Haberbusch. Aujourd’hui, cette relation de confiance est mise à l’épreuve par les transformations contemporaines de la violence.

 

Un capteur privilégié des tensions sociales et politiques

Du fait de son implantation territoriale, la gendarmerie apparaît comme un observatoire avancé des mutations sociales. Elle est souvent la première confrontée aux nouvelles formes de conflictualité, qu’il s’agisse de violences diffuses, de tensions locales ou de phénomènes émergents.

Les forces de l’ordre sont désormais confrontées à des agressions commises par des individus lambda, à une radicalisation de certaines mobilisations sociales, à une montée en puissance de logiques criminelles territorialisées. Cette position d’interface place la gendarmerie au cœur des contradictions contemporaines : elle doit à la fois répondre à des situations d’urgence et maintenir une relation de proximité avec la population.

Par ailleurs, dans un contexte de défiance généralisée, il n’est sans doute pas un hasard si les violences ciblent prioritairement les élus locaux, eux-mêmes en interaction étroite avec les unités de gendarmerie. La gendarmerie devient ainsi un acteur central dans la gestion des atteintes au pacte démocratique à l’échelle locale. Le général d’armée Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale, parle même du « couple maire-commandant de brigade ».

 

Entre adaptation opérationnelle et tensions structurelles

        Face à ces mutations, la gendarmerie a engagé plusieurs formes d’adaptation. Celles-ci se traduisent notamment par le renforcement des dispositifs de prévention (référents, accompagnement des élus), une meilleure coordination avec les acteurs locaux (préfectures, justice), et l’intégration de nouveaux champs d’intervention (cyber, renseignement territorial). Le dispositif du CALAE illustre cette évolution en articulant analyse, action et accompagnement des élus, dans une logique de réponse globale aux violences.

Toutefois, ces adaptations se heurtent à des tensions structurelles. La première tient à la contradiction, elle aussi historique, entre proximité et coercition : la gendarmerie doit maintenir la confiance tout en incarnant l’usage légitime de la force. La seconde réside dans l’extension du spectre des missions, qui tend à diluer les capacités opérationnelles face à des phénomènes de plus en plus complexes.

Enfin, la remise en cause du monopole de la violence légitime fragilise directement l’action des gendarmes. Ceux-ci ne sont plus seulement confrontés à des infractions, mais à des formes de contestation de leur légitimité même. Le rapport annuel de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale pour l’année 2024 révèle ainsi une augmentation de 1,6% des agressions physiques à l’encontre des gendarmes.

 

***

 

L’analyse des transformations contemporaines de la violence en France, à l’aune de l’histoire, met en évidence une mutation profonde du rapport au politique, à l’autorité et au territoire. La violence n’est plus seulement un phénomène marginal ou conjoncturel : elle devient, pour certains acteurs, un mode d’expression et de régulation.

Dans ce contexte, la gendarmerie nationale apparaît comme un révélateur privilégié de ces recompositions. Par son ancrage territorial, elle capte les signaux faibles de la fragmentation sociale ; par ses missions, elle se trouve en première ligne de la contestation du monopole de la violence légitime.

Dès lors, l’enjeu dépasse largement la seule question sécuritaire. Il renvoie à une interrogation fondamentale sur la capacité de l’État à maintenir un cadre commun de régulation et à restaurer la confiance dans les institutions. La réponse à cette crise ne peut être uniquement opérationnelle : elle suppose une réflexion plus large sur les conditions de recomposition du lien politique dans la France contemporaine.


 


 


 

 

 

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Renseigner en temps de crise et de conflit : un nouveau numéro de la Revue historique des armées

Publié le 7 Avril 2026 dans Algérie, Revue, armées, article, défense, guerre, histoire, militaire, Renseignement

La Revue historique des armées publie son dernier numéro (2026/1, n°320), consacré à une thématique ô combien d'actualité : le renseignement en temps de crise et de conflit.

Parmi les 8 articles proposés, deux contributions retiennent particulièrement mon attention.

 

La DST dans la guerre d’Algérie : le service de contre-espionnage entre anticipation, coopération et engagement total

Dans son article, Olivier Brun revient sur la genèse et le rôle de la Direction de la Surveillance du Territoire dans le contexte de l’après-Libération et de la guerre d’Algérie.

 

Des lauriers glorieux aux honneurs silencieux : les décorations du 44e régiment d’infanterie

L’étude proposée par Pierre Vermeersch offre quant à elle un contrepoint original en s’intéressant aux décorations tardives du 44e régiment d'infanterie, aujourd’hui associé à la DGSE, eu égard à une histoire ancienne méconnue.

 

Un numéro à retrouver ici : Renseigner en temps de crise et de conflit | Cairn.info

 

 

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Nouvelle publication : recruter dans la gendarmerie sous l’Occupation (1940-1944)

Publié le 15 Mars 2026 dans DGGN, Gendarmerie, Revue, Seconde Guerre Mondiale, archives, armées, article, guerre, histoire, militaire, recherche, Recrutement

J’ai le plaisir d’annoncer la parution de mon dernier article dans le numéro 1/2026 de la revue Histoire, Économie & Société.

Intitulé « Recruter par temps de crise. La Gendarmerie française sous l’Occupation (1940-1944) », cet article s’intéresse à une question rarement étudiée : comment une institution militaire chargée du maintien de l'ordre public parvient à renouveler ses effectifs dans un contexte de guerre, de pénurie et de contraintes politiques extrêmes.

À partir des archives de la direction et de l'inspection de la gendarmerie, cette étude analyse les politiques de recrutement mises en œuvre entre 1940 et 1944. Elle distingue trois séquences principales :

  • l'urgence de 1940, marquée par les pertes de guerre et la désorganisation administrative ;

  • la relance encadrée entre 1941 et 1943, dans un contexte de réorganisation de l’institution ;

  • la crise finale de 1944, alors que le système vacille à l’approche de la Libération.

Le recrutement apparaît ainsi comme un observatoire privilégié des tensions auxquelles la gendarmerie est confrontée sous l'Occupation. L’étude permet également d’esquisser les enjeux de la réorganisation et de l'épuration à la Libération.

Cet article s’inscrit dans un chantier de recherche plus large consacré à la direction et au fonctionnement de la gendarmerie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Avant d'être accessible sur Cairn, l’article, comme l'ensemble du numéro, est disponible sur le site de la revue Histoire, Économie & SociétéRecruter par temps de crise. La Gendarmerie française sous l’Occupation (1940-1944) | Armand Colin Revues

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Police et maintien de l’ordre en Belgique : un dossier indispensable pour élargir le regard

Publié le 1 Février 2026 dans Belgique, Gendarmerie, Revue, Université, article, forces de sécurité, histoire, police, recherche

La Revue belge d'Histoire contemporaine vient de publier un double numéro thématique (LV, 2025, 3-4) consacré à l'histoire de la police et du maintien de l'ordre en Belgique. Un ensemble particulièrement riche, à la fois par la diversité des approches proposées et par les pistes de recherche qu’il ouvre bien au-delà du seul cadre belge.

Coordonné par Jonas Campion, Margo De Koster, Antoine Renglet et Xavier Rousseaux, ce dossier s’inscrit dans une historiographie désormais bien établie, tout en proposant un utile état des lieux et de stimulantes perspectives. Il rappelle combien l’étude des forces de police et de gendarmerie gagne à être pensée dans la durée, en croisant pratiques professionnelles, cadres institutionnels, territoires, circulations et représentations.

Les contributions réunies couvrent un large spectre chronologique et thématique. Elles abordent aussi bien la construction des savoirs policiers au XIXᵉ siècle que les enjeux de régulation morale, de contrôle des mobilités, de gestion de l’information ou encore de recomposition des institutions après la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs articles retiennent tout particulièrement l’attention par leur résonance avec des problématiques bien connues des historiens français : épuration des cadres, implantation territoriale des casernes, police des étrangers, articulation entre sécurité et ordre public, ou encore rapports entre police et images.

On notera également l’intérêt méthodologique de certains travaux, qui mobilisent l’analyse de réseaux, les sources administratives, les archives policières ou encore les productions culturelles (cinéma, iconographie), offrant autant d’outils transférables à d’autres terrains nationaux.

Ce numéro constitue ainsi une lecture précieuse pour qui s'intéresse à l'histoire comparée des polices et des gendarmeries, mais aussi plus largement aux formes concrètes de l’exercice de l’autorité, du contrôle social et de la sécurité dans les sociétés contemporaines. Il invite à regarder au-delà des frontières nationales et rappelle combien les expériences belges peuvent nourrir utilement la réflexion historiographique française.

L’ensemble du dossier est consultable en ligne, article par article, sur le site de la revue : Revue Belge d'Histoire Contemporaine, LV, 2025, 3-4 | JBH - BTNG - RBHC

 

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L’attrition comme stratégie militaire : une notion à (re)penser

Publié le 12 Décembre 2025 dans armées, défense, enseignement, histoire, militaire, stratégie, éducation, article, guerre, résilience

Parmi les articles récents qui ont attiré mon attention, celui publié sur le site des Clionautes et consacré à l'attrition comme stratégie militaire offre une mise au point particulièrement stimulante pour tous ceux qui s’intéressent à la conduite de la guerre sur le temps long.

Souvent réduite à une vision caricaturale – celle d’une guerre d’usure brutale, coûteuse en vies humaines et dépourvue de finesse stratégique – l’attrition est ici replacée dans une histoire plus large des doctrines militaires. L’article montre avec clarté que l’attrition n’est ni une absence de stratégie, ni un aveu d’impuissance, mais bien un choix stratégique assumé, pensé, planifié.

À travers des exemples historiques et des mises en perspective, l'auteur offre un véritable outil de compréhension du fait guerrier, sans anachronisme ni jugement moral réducteur, en replaçant les choix militaires dans leurs contextes politiques, sociaux et culturels.

Un texte à lire et à faire lire !

L'article est accessible ici : L'attrition comme stratégie militaire - Les Clionautes

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