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Regard d'historien

Regard d'historien a pour vocation de vous informer sur l'histoire de la gendarmerie nationale : actualités culturelles, publications, travaux universitaires, sans pour autant prétendre à l'exhaustivité.

Marc Bloch ou l'exigence du métier d'historien

Publié le 23 Juin 2026 dans Actualité, Panthéon, Marc Bloch, Résistance, Seconde Guerre Mondiale, Transmission, Université, enseignement, histoire, hommage, mémoire, recherche, éducation

Ce 23 juin 2026, la Nation accueille au Panthéon Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal-Bloch.

L'hommage est d'abord rendu au résistant, fusillé par la Gestapo en juin 1944 après avoir œuvré dans les rangs de la Résistance. Il est rendu également à l'homme de courage qui, dans les heures les plus sombres de notre histoire, a choisi l'engagement plutôt que le renoncement.

Mais aujourd'hui, c'est surtout et naturellement à l'historien que je souhaite penser et rendre hommage : à celui qui demeure, plus de quatre-vingts ans après sa disparition, l'une des figures tutélaires de la discipline.

Le modeste historien de la gendarmerie sous l'Occupation aurait certes pu se tourner vers L'Étrange Défaite, ce témoignage exceptionnel rédigé à chaud après l'effondrement de 1940. Pourtant, en ce jour particulier de panthéonisation, c'est un autre ouvrage qu'il convient, me semble-t-il, de mettre à l'honneur : Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien. Œuvre inachevée, publiée à titre posthume par Lucien Febvre, autre pilier de l'école des Annales, elle demeure sans doute l'une des plus belles réflexions jamais consacrées au métier d'historien.

Dès la première ligne, Marc Bloch place son lecteur face à une question aussi simple que redoutable. Son fils lui demande : " Papa, explique-moi donc à quoi sert l'histoire. "

Toute l'Apologie est une tentative de réponse. Une réponse qui n'a pas pris une ride !

À l'heure où les réseaux sociaux engendrent souvent les réactions immédiates, les simplifications grossières et les commentaires permanents d'experts en tout, Marc Bloch nous rappelle que l'histoire est d'abord une école de patience, de doute et de rigueur. Il refuse les certitudes faciles. Il se méfie des explications uniques. Il invite l'historien à questionner les sources, à croiser les témoignages, à humblement accepter parfois de ne pas savoir.

Plus encore, il nous livre peut-être la plus célèbre définition de notre discipline, puisée à la source des grands anciens : " L’objet de l’histoire est par nature l’homme. Disons mieux : les hommes.Tout est là. L'histoire n'est pas seulement l'étude du passé, des têtes couronnées et des grandes batailles. Elle est la recherche des femmes et des hommes qui nous ont précédés, de leurs choix, de leurs contraintes, de leurs espoirs et de leurs contradictions. Elle est une tentative permanente de compréhension de l'activité humaine, d'où cette comparaison " à l'ogre de la légende ".

Comprendre n'est pas excuser, n'est pas juger : comprendre et faire comprendre sont l'ambition première de l'historien. Ce leitmotiv m'accompagne, voire m'obsède, eu égard à mes propres recherches. Face à une période traversée de tensions, de drames, d'ambiguïtés et parfois de tragédies comme l'Occupation, la tentation est grande de distribuer les bons et les mauvais points. Mais Marc Bloch nous enseigne au contraire la prudence intellectuelle et l'exigence de nuance.

L'historien n'est ni procureur, ni avocat. Il cherche à restituer la complexité du réel : " Les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leurs pères " comme le souligne le proverbe arabe cité par Marc Bloch. C'est aussi ce qui explique la modernité intacte de son œuvre. Marc Bloch refusait d'enfermer l'histoire dans un seul champ d'étude. Il plaidait pour le dialogue avec les autres sciences sociales, pour l'ouverture à de nouveaux objets de recherche et pour l'utilisation de toutes les traces laissées par les sociétés humaines.

Surtout, il considérait que l'histoire devait être écrite pour tous. J'ai toujours été sensible à cette autre formule, qui résonne particulièrement chez ceux qui, comme moi, s'efforcent de transmettre leurs travaux au-delà du cercle académique : " Je n'imagine pas, pour un écrivain, de plus belle louange que de savoir parler, du même ton, aux doctes et aux écoliers. " Cette ambition demeure une ligne de conduite, un idéal : faire œuvre de recherche sans renoncer à être compris, rester exigeant sans devenir inaccessible, transmettre sans simplifier à outrance.

En entrant aujourd'hui au Panthéon, Marc Bloch rejoint les grandes figures auxquelles la République rend hommage. Mais son héritage, comme celui de celles et de ceux qui l'ont précédé, dépasse largement les murs de ce monument. Il vit dans chaque historien qui interroge les archives en toute honnêteté, qui conserve un esprit critique face aux sources, qui préfère la nuance à l'anathème, et qui continue de croire que comprendre le passé demeure l'une des meilleures façons d'éclairer le présent.

Plus qu'un grand historien, Marc Bloch fut un maître de méthode et de liberté intellectuelle. À l'heure où la Nation honore sa mémoire, son œuvre nous rappelle que l'histoire n'est jamais un simple regard tourné vers hier : elle est une manière d'habiter le temps.

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Dans l’ombre de la Résistance : un patient travail de mémoire local

Publié le 20 Juin 2026 dans Gendarmerie, Résistance, Seconde Guerre Mondiale, Transmission, archives, armées, enquête, guerre, histoire, militaire, mémoire, patrimoine, recherche

L’Histoire de la gendarmerie avance naturellement grâce aux travaux universitaires, dont je fais régulièrement écho dans les pages de ce blog. Mais elle progresse aussi grâce à des chercheurs passionnés qui consacrent des années à retrouver des noms, des parcours et des destins que le temps avait effacés.

C’est ce travail, mené depuis plusieurs années par Laurent D'Hont, ancien de l'Arme, qui a été récemment mis à l’honneur dans les colonnes du Télégramme.

Historien amateur, dans le sens noble du terme, et auteur de plusieurs ouvrages, il s’attache à faire émerger une histoire encore trop mal connue : celle des gendarmes bretons engagés dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale.

Éclairer les zones d’ombre

En effet, l’image de la gendarmerie sous l’Occupation demeure souvent prisonnière de représentations simplificatrices, pour ne pas dire simplistes. La réalité historique est pourtant infiniment plus complexe, nous ne cesserons jamais de le répéter.

Derrière les archives administratives se cachent des trajectoires individuelles, des choix difficiles, des actes de courage parfois méconnus et, dans certains cas, des engagements qui conduisirent jusqu'à la déportation ou à la mort.

C'est à cette histoire humaine que Laurent D’Hont consacre ses recherches. Son travail vise notamment à identifier les gendarmes bretons ayant participé aux réseaux de résistance et autres mouvements clandestins ou aux actions de renseignement, souvent au péril de leur vie.

Retrouver les hommes derrière les archives

Au-delà des archives, il s'agit de retrouver les familles, de recueillir les souvenirs encore disponibles, d'identifier des photographies, des correspondances ou des documents personnels susceptibles d'éclairer ces parcours.

Chaque nom retrouvé permet d'enrichir notre connaissance de cette période et de redonner une place à des hommes dont l'engagement avait parfois disparu des mémoires locales.

Cette démarche illustre parfaitement ce qu'est la recherche historique lorsqu'elle se met au service de la transmission.

Une mémoire toujours en construction

À mesure que disparaissent les derniers témoins directs de la Seconde Guerre mondiale, la responsabilité des historiens, des chercheurs et des associations mémorielles devient plus importante encore.

Le travail engagé par Laurent D’Hont, comme celui de Dominique Dortz et de tant d'autres partout en France, rappelle que de nombreuses histoires restent à écrire.

Il montre surtout que la mémoire collective se construit grâce à la persévérance de celles et ceux qui refusent de laisser sombrer dans l'oubli des parcours exemplaires, autant de sources d'inspiration pour les générations actuelles et futures.

 

N'hésitez pas à aider Laurent D'Hont dans ses recherches : gendarmesresistants29@gmail.com

 

 

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La recherche historique au sein des forces armées : un état des lieux inédit

Publié le 14 Juin 2026 dans Gendarmerie, Université, archives, armées, défense, histoire, militaire, recherche

La recherche historique constitue l'un des piliers les plus discrets, mais sans doute aussi les plus essentiels, de la réflexion militaire. Comprendre les engagements passés, analyser les évolutions des institutions, interroger les expériences opérationnelles et les transformations stratégiques : autant de démarches qui permettent d'éclairer le présent et de préparer l'avenir.

C'est dans cette perspective que le professeur Jean-Noël Luc, président du Conseil scientifique de la recherche historique de la Défense, vient de publier un rapport particulièrement riche intitulé La recherche historique au sein des forces armées, des directions et des services. État des compétences en 2025. Fruit d'une vaste enquête conduite auprès de 132 chercheurs, militaires et civils, dont votre serviteur, ce travail offre un panorama inédit de la production historique réalisée au sein du ministère des Armées et des Anciens combattants.

L'ambition est double : mieux faire connaître les travaux menés au sein des forces armées, tout en renforçant les liens entre le monde militaire et la communauté académique. Le rapport met ainsi en lumière la diversité des sujets étudiés, depuis l'histoire des différentes composantes des armées jusqu'à l'analyse des conflits contemporains, en passant par de nombreux thèmes transversaux.

Pour les lecteurs de ce blog, plusieurs passages retiendront particulièrement l'attention.

La place de la Gendarmerie nationale dans cet état des lieux y apparaît en effet de manière explicite et assumée. La " fonction histoire " au sein de l'Arme est présentée comme l'une des composantes à part entière du paysage de la recherche historique militaire. Le rapport souligne également l'importance des travaux consacrés à l'histoire de la gendarmerie et rappelle pleinement la dimension militaire de l'institution ainsi que son intégration dans la défense nationale. Cette reconnaissance mérite d'être saluée tant elle témoigne du chemin parcouru par les études gendarmiques depuis le début des années 2000.

On notera également la mention de plusieurs initiatives récentes, parmi lesquelles la journée d'étude de la chaire d'histoire de la gendarmerie, HiGeSet, consacrée aux questions de contre-insurrection, signe de la vitalité des recherches menées autour de l'histoire de la gendarmerie et de ses engagements.

Au-delà des chiffres et des statistiques, ce rapport constitue surtout un précieux outil de travail. Conçu pour une consultation numérique, il offre une navigation facilitée grâce à de nombreux hyperliens, à un index détaillé et à des fiches individuelles permettant d'identifier les chercheurs et leurs domaines de spécialité.

À l'heure où les enjeux de défense, de sécurité et de souveraineté retrouvent une place centrale dans le débat public, cette publication rappelle utilement que la connaissance historique n'est pas un simple exercice de mémoire. Elle participe pleinement à la compréhension des défis contemporains et nourrit la réflexion stratégique.

Il faut enfin souligner l'importance de cette démarche collective. En offrant une visibilité accrue aux travaux menés au sein des forces armées, des directions et des services, ce rapport contribue à structurer une communauté scientifique dynamique, ouverte sur le monde universitaire et soucieuse de transmettre ses savoirs.

Une lecture vivement recommandée à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire militaire, à l'histoire de la gendarmerie et, plus largement, à la place de la recherche dans les institutions de défense.

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Hommage au colonel (ER) Georges Mazella di Ciaramma

Publié le 14 Juin 2026 dans Algérie, Gendarmerie, Transmission, histoire, hommage, jeunesse, maréchaussée, militaire, musée, mémoire, patrimoine

C'est avec infiniment de tristesse que nous avons appris, le 10 juin dernier, le décès du colonel (ER) Georges Mazella di Ciaramma, à l’âge de 83 ans.

Officier de gendarmerie au parcours exemplaire, ayant servi de 1962 à 2000, de soldat de 2e classe dans l’Infanterie à colonel de gendarmerie, il fut un formateur, un chef attentif à ses hommes, un historien passionné et un défenseur infatigable du patrimoine de l’Arme. Pour moi, il fut aussi et surtout un ami, rencontré en 2011, avec lequel j’ai eu le privilège d’échanger durant plus d'une décennie.

 

Un homme de conviction

Georges appartenait à cette génération de gendarmes pour laquelle le service n'était pas seulement un métier mais une vocation. Rien pourtant ne le prédestinait au métier des armes et encore moins à la gendarmerie, ayant vécu le drame algérien dans sa chair. Mais son engagement fut une évidence : "J'ai choisi la voie militaire pour Servir le Pays et protéger ses institutions", me disait-il.

Au fil de nos conversations, il revenait souvent sur sa conception du commandement : "les commandants d'unité doivent être formés à commander des âmes et des corps et non des "pions" comme je l'ai entendu quelquefois. Avec mon caractère que tu connais, tu images la suite" ! Cette attention portée aux autres ne le quittait jamais.

Un événement marquant de sa carrière résume parfaitement l'homme de conviction qu'il était. Dans la nuit du 9 décembre 1974, un homme ivre sème la panique en tirant plusieurs coups de feu. Dans la lumière des lampadaires, l'individu reconnaît Georges : " Si c'est le lieutenant Mazella qui vient me chercher seul, je me rendrai à lui". Georges me dira : "c'est simple comme choix. Tu y vas ou pas. Tes hommes te regardent et ne disent mot." Il se souviendra avoir eu "quelques pensées pour la famille" et même avoir "enguirlandé" Saint Geneviève : "je n'ai pas travaillé 4 ans pour devenir officier pour me faire descendre au bout de 4 mois" ! Conscient de risquer sa vie mais pas de la sacrifier, il réussira à désarmer l'individu en établissant le contact avec lui. Toujours l'humain, même au péril de sa vie.

 

Un amoureux de la gendarmerie

La gendarmerie fut non seulement sa mission mais également sa source d'inspiration.

Elle animera ses recherches universitaires, puisqu'il soutint en 1984 un doctorat en sciences sociales à l'université de Reims, consacré à l'insigne de tradition comme symbole de l'esprit de corps au service de la Patrie. 

La gendarmerie nourrissait également son goût pour la poésie et l'écriture en général. Le 11 septembre 1989, alors que l'institution traverse une période de turbulences, il rédigea à Périgueux un poème vibrant dans lequel il exprimait son inquiétude pour l'avenir de l'Arme :

"Ô ma Gendarmerie, Te voici bien malade,
Dolente, tout étonnée devant cette escalade.
D'une lettre anonyme, enfantée par certains,
Peut-être poussés à bout, peut-être peu puritains,
"

Ce n'est pas un hasard si l'homme de foi qu'il était composa quelques mois plus tard, en décembre 1989, une Ode à Sainte Geneviève, témoignant de son attachement aux traditions et à la dimension spirituelle du métier de gendarme.

En 1997, à la demande du directeur général Bernard Prévost, il écrivait les paroles d'un hymne de la Gendarmerie nationale dont le refrain rappelle les mots qui lui étaient les plus chers : " Pour la Patrie, L’Honneur et le Droit, Gendarme de France Soldat de la Loi, Connétablie et Maréchaussée, Gendarme de France, Soldat de la Paix. "

Il contribuera également non sans mal à faire baptiser l'un des bâtiments du fort de Charenton, à Maisons-Alfort, du nom du général Beaudonnet : " nom qu’il a fallu conquérir de haute lutte auprès de supérieurs qui arguaient qu’il fallait attendre qu’un homme soit mort pour l’honorer ainsi ".

 

L'œuvre de sa vie : le Monument de la Loi

Mais c'est en 2018 qu'il mena le combat de sa vie.

Le 10 février 2018, alors qu'il "tire son coup de 75", contrariant un dicton familial qui disait qu' "aucun Mazella n'atteint le chiffre 7", il se fixa une nouvelle mission : la restauration du Monument de la Loi.

Ne se résignant pas à voir ce monument unique, situé à Versailles à quelques pas de son domicile, dépérir, il lança, le 16 février, clin d'œil à l'histoire de l'Arme, l'Association pour le Renouveau du Monument de la Loi (ARML). Son objectif était simple : rendre à ce monument son éclat et transmettre son message aux générations futures. Pas de repos pour les braves !

Pendant vingt-et-un mois, il mobilisa bénévoles, mécènes, historiens, élus et gendarmes au point de se définir comme "enquiquineur public". Lorsque l'association fut dissoute, le 18 octobre 2019, la mission était accomplie : le monument avait non seulement retrouvé sa splendeur, mais la date de la bataille de Villodrigo avait été corrigée (1812 et non 1809), et le monument avait été actualisé avec l'inscription Indochine (1945  1954) et Afrique du Nord (1952  1962). Il aura malgré tout quelques regrets :  "ne pas voir eu les moyens financiers pour faire graver sur le pilier Ouest, face Est une silhouette de Gendarme Féminin ; sur le pilier Est, face Ouest les silhouettes de nos camarades Garde Cercle Africain avec sa haute chéchia et d’Auxiliaire Indochinois avec son salacco. Je laisse cela aux successeurs". Dans son discours de clôture, il rappellera que les monuments ne sont pas seulement des pierres, mais des passerelles entre les générations, destinées à dire aux jeunes qu'ils ne sont jamais seuls face aux épreuves.

Cette œuvre restera indissociablement liée à son nom. 

 

Transmettre

Nous partagions tous les deux non seulement la même passion pour l'histoire, mais aussi la même impérieuse nécessité de devoir transmettre.

Il a contribué notamment aux travaux historiques du Centre de documentation et de pédagogie de la gendarmerie, et nourrissait encore de nouveaux projets de recherche. En 2018, il me confiait ainsi son souhait d'entreprendre un doctorat d'histoire consacré à la Garde, souffrant d'entendre encore trop de raccourcis concernant cette unité, ayant connu les généraux Aubry et Beaudonnet.

Lorsque le Musée de la gendarmerie me contacta en 2025 pour l'élaboration de son programme pour les Journées européennes du Patrimoine, dédiées alors au patrimoine architectural, c'est tout naturellement que j'ai contacté Georges pour qu'il puisse évoquer "son" Monument de la Loi. Je me remémore son enthousiasme aux côtés de sa fille. Sa passion était communicative : un souvenir précieux dont témoigne la photo qui illustre cet hommage.

Nous avions un autre projet : enregistrer un épisode du podcast Gens d'Armes afin de conserver la trace de son parcours exceptionnel et de son engagement au service de la mémoire de la gendarmerie. Le temps nous aura manqué.

 

" Fiers de ses jeunes "

Cette formule revenait souvent sous sa plume et dans ses conversations.

Georges était fier des jeunes gendarmes, fier de ceux qui servaient après lui, fier de voir l'institution poursuivre sa route sans jamais renier son héritage.

Il croyait profondément à la force de l'exemple, convaincu que l'histoire pouvait éclairer le présent. C'est pour cette raison qu'il considérait la transmission comme un devoir.

Aujourd'hui, alors que sa voix aux accents méditerranéens chaleureux, s'est tue, demeurent ses écrits, ses actions, ses combats et le souvenir de son indéfectible fidélité à la gendarmerie.

Merci, mon colonel.

Merci, cher Georges.

Ta voix (et voie), ta passion de l'Histoire, ton amour de la gendarmerie et ta profonde humanité vont nous manquer.

Mais, comme tu aimais le rappeler devant le Monument de la Loi, les anciens ne disparaissent jamais vraiment tant que leur exemple continue d'inspirer ceux qui viennent après eux.

Repose en paix sous la protection de Sainte Geneviève.

 

 

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Conférence : une histoire de la gendarmerie mobile à découvrir au Service historique de la Défense à Châtellerault

Publié le 29 Mai 2026 dans Gendarmerie, archives, armées, conférence, forces de sécurité, gendarmerie mobile, histoire, militaire, recherche

L’histoire de la gendarmerie mobile est paradoxale. Bien qu’elle soit aujourd’hui l’un des visages les plus connus de la gendarmerie, notamment à travers ses missions de maintien de l’ordre, son passé demeure encore largement méconnu du grand public.

C’est précisément à cette histoire riche et complexe que sera consacrée une conférence organisée le 3 juin 2026 au Centre d’archives de Châtellerault du Service historique de la Défense.

À cette occasion, le commandant Laurent Lopez proposera une plongée dans l’histoire de cette force spécialisée créée en 1921, dont l’évolution accompagne les grandes transformations politiques, sociales et institutionnelles de la France contemporaine.

Cette rencontre s’appuie sur les recherches les plus récentes consacrées à la gendarmerie mobile, notamment celles réunies dans l’ouvrage collectif Gendarmerie mobile et maintien de l'ordre du XIXe au XXIe siècle, dont je vous avais signalé la parution (https://regarddhistorien.over-blog.com/2025/03/evenement-la-gendarmerie-mobile-enfin-racontee-dans-un-livre-de-reference.html). 

La conférence sera suivie d’une séance de dédicace de l’ouvrage, disponible sur place.

 

Informations pratiques

Mercredi 3 juin 2026
18h00 – 20h00
Centre d’archives de Châtellerault – Service historique de la Défense
211, Grande Rue de Châteauneuf
86100 Châtellerault

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Prix d'histoire militaire 2026

Publié le 25 Mai 2026 dans Gendarmerie, Université, archives, armées, histoire, militaire, prix, recherche

L'appel à candidatures pour l'édition 2026 du prix d'histoire militaire (thèse et master 2) est lancé par le ministère des Armées.

Date limite de candidature fixée au 3 juillet 2026

Pour plus d'informations : Lancement du Prix d’histoire militaire 2026

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Stonne, mai 1940 : onze jours d’enfer dans les Ardennes

Publié le 20 Mai 2026

Dans notre mémoire collective, la campagne de 1940 demeure souvent résumée à l’effondrement militaire et à l’exode. Pourtant, cette vision masque des combats d’une intensité exceptionnelle où des unités françaises opposèrent une résistance acharnée aux forces allemandes.

La bataille de Stonne, dans les Ardennes, appartient à ces affrontements majeurs aujourd’hui trop largement oubliés.

C'est ce que vient nous rappeler l'article de Theatrum Belli : 

15-27 mai 1940 : bataille de Stonne, 11 jours de combats acharnés dans les Ardennes. | Theatrum Belli

Vous pouvez également écouter et/ou réécouter l'épisode de mon podcast Gens d'Armes consacré au 45e BCG : 

Stonne 1940 : le baptême du feu du 45e BCG | Gens d'armes : de la Maréchaussée à la Gendarmerie nationale | Ausha

 

Une page d’héroïsme et de sacrifice qui mérite pleinement d’être transmise.

 

 

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Les gendarmes et le Tour de France : une immersion inédite au Musée de la Gendarmerie

Publié le 17 Mai 2026 dans DGGN, Gendarmerie, conférence, exposition, histoire, militaire, musée, patrimoine, sport, télévision, Vélo, Tour de France

À l’occasion de la Nuit européenne des musées, le Musée de la Gendarmerie Nationale proposera, le 23 mai prochain, une soirée originale consacrée à un aspect méconnu de la Grande Boucle : le rôle essentiel des gendarmes dans le Tour de France.

Intitulé « Les gardiens du Tour de France », cet événement permettra de découvrir les coulisses d’un dispositif de sécurité exceptionnel mobilisant chaque année des centaines de militaires au service des coureurs, des organisateurs… et du public.

 

Une plongée au cœur du Tour

Point central de la soirée, une exposition photographique intitulée « Au cœur du Tour » offrira une immersion dans le quotidien des gendarmes engagés sur la course.

À travers de nombreux clichés, les visiteurs pourront découvrir :

  • les dispositifs de sécurisation,
  • la gestion des flux et des itinéraires,
  • la proximité avec le public,
  • mais aussi les dimensions humaines et logistiques d’un événement itinérant hors norme.

L’exposition rappellera combien le Tour de France constitue une manœuvre de grande ampleur pour les forces de sécurité.

 

Des véhicules emblématiques exposés

Le public pourra également découvrir plusieurs véhicules emblématiques liés au Tour :

  • véhicules motocyclistes,
  • Peugeot 3008 de la caravane Gendarmerie,
  • véhicule du directeur de course,
  • et autres moyens engagés sur la compétition.

Une manière concrète d’illustrer l’évolution des équipements et l’adaptation constante des dispositifs de sécurité à un événement mondial.

 

Un ciné-débat exceptionnel

La soirée se prolongera avec un ciné-débat réunissant plusieurs acteurs ayant participé pendant de nombreuses années au Tour de France.

Au programme :

  • diffusion d’archives audiovisuelles couvrant plusieurs décennies ;
  • échanges autour des enjeux de sécurité, de logistique et d’organisation ;
  • témoignages de gendarmes et spécialistes ayant vécu le Tour de l’intérieur.

Une occasion rare de découvrir l’envers du décor d’un événement profondément ancré dans le patrimoine sportif français.

 

Histoire, sport et service public

Au-delà de la seule dimension sportive, cette initiative rappelle combien le Tour de France constitue aussi un observatoire du service public, de la mobilité et du lien Armée-Nation.

Elle souligne également le rôle du Musée de la Gendarmerie Nationale dans la valorisation d’un patrimoine méconnu du grand public.

 

Samedi 23 mai 2026 — de 17h à 23h
Musée de la Gendarmerie Nationale
Entrée libre

Une soirée qui devrait intéresser autant les passionnés d’histoire, de cyclisme… que tous ceux qui souhaitent découvrir les coulisses d’un événement populaire incontournable.

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« Non Immemor » : retrouver les derniers visages de la Résistance

Publié le 10 Mai 2026 dans Libération, Résistance, Seconde Guerre Mondiale, Transmission, armées, guerre, histoire, militaire, mémoire, recherche

Il existe des mémoires qui risquent de disparaître dans l'oubli si personne ne veille encore à les faire vivre.

C’est précisément tout le sens de l’opération « Non Immemor », lancée par l'Ordre de la Libération.
Une initiative à la fois mémorielle, historique mais surtout profondément humaine.

Son objectif est aussi simple qu’essentiel : retrouver les derniers titulaires de la médaille de la Résistance française dont le décès n’a pas été officiellement identifié ou dont certaines données d’état civil demeurent incomplètes.

Retrouver des noms… pour ne pas perdre des parcours

Créée en 1943 par le général de Gaulle, la médaille de la Résistance française a été attribuée à plus de 65 000 personnes.

Derrière ces chiffres se trouvent des trajectoires singulières : des femmes et des hommes qui, souvent très jeunes, ont choisi de résister, de désobéir et de servir la France au péril de leur vie.

Or, avec le temps, certains parcours se sont estompés. Des dossiers demeurent lacunaires. Des identités restent incomplètes. Et plusieurs milliers de situations nécessitent encore d’être éclaircies.

L’opération Non Immemor entend précisément lutter contre cet effacement progressif.

Une véritable enquête mémorielle

Depuis plusieurs mois, un important travail de vérification est engagé par l’Ordre de la Libération, en lien avec différents partenaires institutionnels.

Administrations, archives, Service historique de la Défense, ONaCVG : tous sont mobilisés pour tenter de retrouver des traces, confirmer des identités et documenter les parcours des décorés.

Cette démarche rappelle combien le travail sur la mémoire repose aussi sur une patience archivistique et une exigence historique.

Comme historien, je ne peux qu’être sensible à cette idée fondamentale : retrouver un nom, ce n’est jamais seulement compléter un fichier. C’est redonner une place à une vie, à un engagement et à une histoire.

Une mémoire vivante… mais fragile

À ce jour, dix-huit médaillés de la Résistance ont pu être identifiés comme encore vivants. Ils sont âgés de 97 à 106 ans.

Cette réalité mesure l’urgence de la transmission.

Nous entrons désormais dans un moment particulier de notre rapport à la Seconde Guerre mondiale : celui où les derniers témoins disparaissent progressivement. Dès lors, la responsabilité de transmettre repose de plus en plus sur les institutions, les historiens… mais aussi sur chacun d’entre nous.

Transmettre l’esprit de la Résistance

Au-delà des recherches administratives, Non Immemor porte une conviction essentielle : une nation demeure vivante lorsqu’elle sait encore reconnaître celles et ceux qui l’ont servie dans l’épreuve.

La Résistance ne fut pas seulement un épisode militaire ou politique. Elle fut aussi un choix moral, un refus du renoncement et un engagement au service d’une certaine idée de la liberté.


📖 Pour découvrir l’opération ou transmettre une information :

👉 Opération "NON IMMEMOR" | L'Ordre de la Libération et son Musée

📧 cnmrf@ordredelaliberation.fr

Parce qu’aucun de ces noms ne devrait disparaître dans l’oubli.

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ADN et enquête criminelle : quand le regard du terrain et de la science s'incarne

Publié le 4 Mai 2026 dans Actualité, Gendarmerie, IRCGN, Livre, militaire, enquête, Justice, ADN

La parution d’un ouvrage est toujours un moment particulier. Elle l’est d’autant plus lorsqu’elle concerne un auteur et un chef avec lequel on a eu le privilège de travailler.

C’est donc avec un réel plaisir — et une certaine émotion — que je souhaite vous signaler la publication du livre du colonel Emmanuel Pham-Hoai, consacré à un sujet devenu incontournable dans les enquêtes : l'ADN.

 

Une révolution silencieuse des enquêtes

Depuis le début des années 1980, l’ADN a profondément transformé le travail des enquêteurs. Une trace invisible, parfois infime, peut aujourd’hui orienter, relancer ou faire basculer une enquête.

Mais comme le rappelle justement cet ouvrage, la puissance de cet outil ne doit pas faire illusion : une trace ne parle jamais d’elle-même, elle doit être interprétée, contextualisée, discutée !

Loin d’une vision simpliste ou « magique » de la preuve scientifique, le livre insiste sur cette exigence de rigueur et de prudence.

 

Un parcours singulier au croisement de deux mondes

L’intérêt majeur de cet ouvrage tient aussi à la trajectoire de son auteur.

À la fois enquêteur en section de recherches de la gendarmerie nationale et expert reconnu en génétique judiciaire, le colonel Pham-Hoai occupe une position rare : celle d’un praticien capable de faire le lien entre le terrain et le laboratoire.

Cette double expérience lui permet de proposer une lecture complète des affaires criminelles : du recueil de la trace sur la scène de crime, à son analyse scientifique, jusqu’à sa présentation devant la cour d’assises.

 

Entre science, enquête et justice

À travers des affaires emblématiques, dont l'affaire Kulik, l’ouvrage montre que l’ADN ne remplace pas l’enquête : il s’y invite.

Blouse blanche et uniforme ne s’opposent donc pas, bien au contraire, ils se complètent. En effet, la preuve scientifique ne dispense jamais de l’intelligence de l’enquêteur.

Cette articulation est essentielle, notamment pour éviter un écueil majeur : faire dire à la science plus qu’elle ne peut démontrer.

 

Une réflexion aussi sur les limites et les enjeux futurs

Paradoxalement, l’un des apports les plus intéressants du livre réside, selon moi, dans le regard critique de l'auteur sur les limites de l’outil génétique. ADN de contact, ADN de transfert, profils mélangés… autant de situations qui rappellent que la preuve reste fragile si elle est mal interprétée.

À cela s’ajoutent les enjeux contemporains, de la généalogie génétique, aux bases de données, en passant par la protection de la vie privée. Autant de questions qui dépassent le cadre strict de l’enquête pour toucher à des enjeux éthiques majeurs.

 

Un ouvrage utile, au-delà du cercle des spécialistes

Fidèle à l’esprit de la collection Jacques Dallest, cet ouvrage réussit un pari difficile, obsession de tous les chercheurs : rendre accessible un sujet technique sans le simplifier à l’excès.

Il s’adresse ainsi autant aux professionnels qu’au grand public, mais aussi à tous ceux qui s’intéressent à la justice, à la preuve et au fonctionnement concret des enquêtes judiciaires.

 

Ayant eu l’occasion de travailler avec le colonel Pham-Hoai, je retrouve dans ces pages ce qui a toujours caractérisé son approche : la rigueur, la clarté, mais aussi une attention constante à l’humain derrière la technique. Une richesse rare.

Car au-delà de la science, son livre rappelle une évidence, qu'il me paraît bon de rappeler : derrière chaque trace, il y a une histoire, et derrière chaque enquête, il y a des femmes et des hommes de terrain engagés.

 

Emmanuel Pham-Hoai, Les Affaires criminelles au crible de l'ADN, Mareuil Editions, 2026, 222 p.

 

 

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