Et si l’histoire de la gendarmerie coloniale recelait encore des héros méconnus ? C’est ce que révèle le général William Vaquette dans son premier roman historique, Les Mystères de Fort-Royal, publié chez Caraïbéditions. À travers un narratif original et un sens aigu de la mémoire, l’auteur exhume le destin effacé de Joseph France, gendarme abolitionniste.
Pour donner corps à ce destin oublié, le général Vaquette choisit une forme littéraire singulière : un huis clos imaginaire entre Joseph France et Victor Schoelcher, lors d’un voyage en mer entre Le Havre et Dakar, en 1847. Ce dialogue fictif sert de fil conducteur à un récit qui mêle rigueur documentaire et liberté romanesque.
Dans ce tête-à-tête naval, se déploient les grands enjeux de l’époque : la condition des esclaves, les tensions politiques, la résistance – autant de thèmes qui trouvent un écho dans l’expérience personnelle de Joseph France, confronté à la violence de l’ordre colonial et animé d’un engagement rare.
Mais Les Mystères de Fort-Royal ne se limite pas à un combat d’idées. C’est aussi une fresque caribéenne foisonnante, traversée par les croyances (le quimbois), les sociétés secrètes (la franc-maçonnerie), les récits populaires (un trésor disparu de l’Église), et une histoire d'amour touchante avec Milabelle, femme libre de couleur, arrachée à l’Afrique par la traite. Le roman s’inscrit ainsi entre mémoire et mystère, dans un équilibre réussi entre histoire et récit littéraire.
Ce roman s’inscrit pleinement dans une dynamique mémorielle d'actualité. En effet, le 9 juillet 2024, la caserne de gendarmerie de Fort-de-France a été rebaptisée caserne Joseph France, en hommage à celui qui osa désobéir au nom de l’humanité. Une reconnaissance rendue possible grâce à l’engagement de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage.
Cette démarche donne enfin une reconnaissance publique à un homme dont la mémoire avait été effacée, et rappelle que la gendarmerie elle-même porte parfois en son sein des figures de rupture et d'engagement.
Né en 1787 en Moselle, Joseph France sert d’abord dans l’armée napoléonienne, avant d’intégrer la gendarmerie. Affecté à la Martinique en 1843, il découvre l’horreur de l’esclavage colonial. Il prend position contre ce système, ce qui lui vaut d’être révoqué et contraint au silence par les autorités.
De retour en métropole, il publie en 1846 un pamphlet virulent contre l’esclavage.
En 1848, il est élu député suppléant de Victor Schoelcher pour la Martinique, année de l’abolition définitive.
Il meurt en 1869 à Paris, officier de la Légion d'honneur, mais oublié de l'histoire...jusqu'à aujourd'hui.
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