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Regard d'historien

Regard d'historien a pour vocation de vous informer sur l'histoire de la gendarmerie nationale : actualités culturelles, publications, travaux universitaires, sans pour autant prétendre à l'exhaustivité.

Quelques brins de muguet pour mes lecteurs

Publié le 1 Mai 2026

Le 1er mai est une parenthèse particulière où le printemps semble pleinement s’installer et où les traditions et les symboles se mêlent au concert joyeux des clochettes du muguet, porteuses depuis la Renaissance d'une promesse de bonheur, d'espérance et de renouveau.

À l’heure où notre quotidien est profondément marqué par la fureur et la folie du monde, il est parfois bon de revenir à ces petits rites qui rappellent l’importance des attentions simples et des relations humaines.

En ce 1er mai, je souhaite donc adresser à tous mes lecteurs quelques brins symboliques de muguet.

Qu’ils soient porteurs de sérénité, de réussite, d’inspiration…et d’espérance !

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Quand la gendarmerie faisait face à l’Histoire : des conférences pour interroger l’institution sous Vichy

Publié le 27 Avril 2026 dans Gendarmerie, Livre, Recrutement, Seconde Guerre Mondiale, armées, conférence, forces de sécurité, formation, guerre, histoire, hommage, militaire, mémoire, patrimoine, recherche, Montluçon, Transmission

Le 8 mai prochain, dans un lieu particulièrement symbolique — l’École de gendarmerie de Montluçon — j’aurai l’honneur de participer à une journée de réflexion historique consacrée à la gendarmerie durant la Seconde Guerre mondiale.

Organisé à l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la Libération et dans le cadre du cinquantenaire de l’École, cet événement réunira histoire, mémoire et transmission autour d’une question essentielle : comment la gendarmerie a-t-elle traversé les années noires de l’Occupation ?

À cette occasion, je donnerai deux conférences issues de mes recherches récentes.

 

Former des gendarmes sous l’Occupation

La première intervention portera sur un aspect encore peu étudié : la formation des gendarmes entre 1940 et 1944.

Comment forme-t-on des militaires chargés du maintien de l’ordre intérieur dans une France occupée et profondément bouleversée ? Quels savoirs, quelles valeurs et quelles conceptions du service transmet-on alors aux élèves gendarmes ?

À travers cette conférence, il s’agira d’interroger les continuités, les adaptations et les tensions qui traversent l’institution dans cette période de crise.

 

La Garde personnelle du chef de l’État : entre prestige et ambiguïtés

La seconde conférence sera consacrée à la Garde personnelle du chef de l’État, unité singulière à laquelle j’ai consacré un ouvrage publié, en septembre dernier, chez Valeurs Ajoutées Editions (https://www.va-editions.fr/les-gendarmes-de-la-garde-personnelle-du-chef-de-letat-1940-1944-c2x42077912).

Cette formation, créée sous le régime de Vichy pour assurer la protection du maréchal Pétain, constitue un observatoire particulièrement révélateur des rapports entre sécurité, pouvoir et symbolique politique.

Au-delà de l’histoire de cette unité, cette intervention permettra d’éclairer les logiques de fidélité, de représentation et de légitimation à l’œuvre dans l’État français.

 

Une journée entre histoire et mémoire

Cette rencontre sera également enrichie par le témoignage de Georgia Pouliquen, auteure de Un été 1944 à Vichy, offrant ainsi un dialogue intéressant entre recherche historique et mémoire vécue.

Dans une époque où les rapports entre institutions, obéissance, engagement et responsabilité continuent d’interroger notre société, revenir sur ces sujets demeure essentiel.

 

www.societedemulationdubourbonnais.com

Attention : Inscription obligatoire avant le 5 mai 2026

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La lecture : un combat culturel et humain

Publié le 23 Avril 2026 dans Livre, histoire, jeunesse, éducation

Le 23 avril, Journée mondiale du livre, est l’occasion de nous rappeler une évidence que notre époque oublie un peu trop à mon avis : lire n’est pas seulement un loisir. Lire, c’est apprendre à penser, à comprendre, à imaginer et à se construire.

Or, les dernières études consacrées aux pratiques culturelles des jeunes Français confirment à nouveau une réalité préoccupante. Le temps consacré aux écrans continue d’écraser celui accordé à la lecture. Selon l’étude du Centre national du livre réalisée par Ipsos, les jeunes consacrent en moyenne 3h01 par jour aux écrans, contre seulement 18 mn quotidiennes à la lecture de livres pour le plaisir. Plus inquiétant encore : un tiers des 16-19 ans déclarent ne pas lire du tout dans le cadre des loisirs.

 

Lire pour grandir

Pourtant, les bénéfices de la lecture sont immenses. Dans un entretien consacré à la lecture et aux neurosciences, Michel Desmurget rappelle que les livres donnent accès à un " langage complexe de la pensée ". La lecture développe le vocabulaire, la capacité de concentration, l’imagination mais aussi l’empathie. Elle permet d’entrer dans la pensée des autres, de comprendre leurs motivations et leurs émotions.

À travers un livre, un enfant découvre bien plus qu’une histoire : il apprend à structurer son raisonnement, à nuancer ses jugements et à enrichir son regard sur le monde.

 

Le regard de l’historien

Comme historien, je mesure chaque jour combien la lecture constitue aussi un lien vivant avec les générations qui nous ont précédés.

Lire des archives, des correspondances, des mémoires ou des récits anciens, c’est entrer dans la complexité des hommes et des sociétés du passé. C’est comprendre que derrière les événements, il y a des sensibilités, des peurs, des espoirs et des engagements humains.

L’Histoire elle-même repose sur cette capacité à lire attentivement, à interpréter les textes, à confronter les sources et à développer un esprit critique. Sans lecture profonde, il n’y a ni transmission véritable, ni compréhension durable du monde.

Chaque livre ouvre ainsi une porte : vers une époque, une idée, une expérience humaine. Lire, c’est voyager dans le temps autant que dans les pensées.

 

L’enjeu des écrans

Les chiffres soulignent aussi une transformation profonde des habitudes culturelles. Beaucoup de jeunes lisent désormais de manière fragmentée : 41 % déclarent faire autre chose sur un écran en même temps qu’ils lisent. Cette proportion atteint même 67 % chez les 16-19 ans.

Cette dispersion permanente de l’attention interroge notre capacité collective à préserver des espaces de silence, de lenteur et de réflexion. Lire exige du temps, de la disponibilité intérieure et une certaine forme de patience, autant de qualités mises à rude épreuve par ce que Michel Desmurget nomme " l'éléphant numérique ".

 

Le rôle décisif de la cellule familiale

L’étude rappelle également un point essentiel : le goût de la lecture naît souvent très tôt. 91 % des jeunes déclarent que leurs parents leur lisaient des histoires lorsqu’ils étaient petits. Ce moment partagé autour d’un livre n’est jamais anodin. Il crée un lien affectif avec la lecture. Il transmet aussi l’idée que le livre est un compagnon naturel de la vie quotidienne.

À ce titre, les parents, les enseignants, les bibliothécaires et tous les passeurs de livres jouent un rôle fondamental.

***

Dans une société dominée par l’immédiateté, défendre la lecture revient en quelque sorte à défendre une certaine idée de l’humanité.

En cette Journée mondiale du livre, rappelons donc cette conviction simple : ouvrir un livre demeure l’un des actes les plus puissants de transmission, d’émancipation et de liberté.

Parce qu’une société qui lit est aussi une société qui pense !

 

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Nouvelle publication : Des gendarmes, des francs-maçons et des gendarmes francs-maçons face à la répression antimaçonnique sous Vichy (1940-1944)

Publié le 21 Avril 2026 dans Gendarmerie, Revue, Seconde Guerre Mondiale, Université, armées, article, commandement, guerre, histoire, militaire, mémoire, recherche, Franc-maçonnerie

J’ai le plaisir de vous signaler la publication de mon dernier article dans la revue Histoire Politique, Revue du Centre d'histoire de Sciences Po, accessible en ligne ici : https://journals.openedition.org/histoirepolitique/23297

Intitulé " Des gendarmes, des francs-maçons et des gendarmes francs-maçons face à la répression antimaçonnique sous Vichy (1940-1944) ", ce travail s’inscrit dans le prolongement de mes recherches doctorales consacrées au commandement de la gendarmerie sous l’Occupation.

 

Cet article est né d’une surprise historiographique. En effet, au fil de mes recherches, un angle demeurait largement inexploré : la place de la gendarmerie dans la répression antimaçonnique menée par le régime de Vichy, un sujet longtemps resté en marge des travaux existants.

La constitution et l’exploitation d’un corpus inédit d’une cinquantaine de gendarmes identifiés comme francs-maçons m'ont permis d’ouvrir une perspective nouvelle. Cette découverte, à la fois marginale dans mon projet initial et riche d’enseignements, s’est progressivement imposée comme un objet d’étude à part entière.

 

L’analyse met en lumière plusieurs éléments essentiels :

  • Une institution tiraillée entre loyauté à l’État, contraintes politiques et dynamiques internes ;
  • Des pratiques contrastées, allant d’une application stricte des lois d’exclusion à des formes de prudence ou de distance ;
  • Une diversité de trajectoires individuelles, révélatrice d’un positionnement loin d’être uniforme.

 

Au-delà du cas étudié, cet article invite à dépasser les lectures binaires. Il propose de penser la gendarmerie non pas comme une institution uniformément " soumise " ou " résistante ", mais comme le produit d’un enchevêtrement de logiques institutionnelles, idéologiques et professionnelles. Cette approche permet d’enrichir, je l'espère, la compréhension des administrations sous Vichy, en restituant la complexité des comportements et des décisions.

 

Ce travail rappelle enfin une évidence méthodologique : les archives réservent toujours des surprises ! C'est ainsi que certaines pistes, d’abord secondaires, peuvent se révéler décisives pour renouveler un champ de recherche. C’est précisément ce que j’ai souhaité partager à travers cet article.

 

Bonne lecture à toutes et à tous, et au plaisir d'échanger autour de ces questions !

 

 

 

 

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De la contestation à la confrontation : la transformation des violences sociales et politiques en France à l’épreuve de la gendarmerie

Publié le 10 Avril 2026 dans Violences, Gendarmerie, forces de sécurité, Actualité, Ruralité, article, gendarmerie mobile, histoire, maréchaussée, militaire, police, résilience

Depuis une dizaine d’années, la France connaît une transformation profonde de ses formes de violence sociale et politique. Ce qui relevait historiquement de conflits encadrés tend désormais à se recomposer en une conflictualité diffuse, souvent imprévisible et partiellement désinstitutionnalisée. Cette mutation ne se limite pas à une augmentation quantitative des violences : elle en modifie la nature même.

Les sociologues et politologues soulignent ainsi l’émergence d’une reconfiguration politique de la violence, où celle-ci n’apparaît plus comme un débordement marginal mais comme un mode d’expression jugé légitime par une partie de la population. Cette évolution traduit une rupture plus profonde du contrat social, marquée par une défiance accrue envers les institutions et une fragilisation du monopole étatique de la violence légitime, cœur de la définition de l’État moderne.

Cette évolution est-elle pour autant totalement inédite ? Comme le montre l’historien Aurélien Lignereux dans la Nouvelle histoire de France, la violence accompagne depuis longtemps les transformations politiques et sociales françaises. Mais elle ne suit pas une trajectoire linéaire : loin de disparaître, elle se transforme, se régule et se réinvente en fonction des contextes et des formes d’action collective.

Dans ce contexte, les forces de l’ordre, en particulier la gendarmerie nationale, constituent un observatoire particulièrement pertinent. Cette dernière, présente sur l’essentiel du territoire, notamment dans les espaces ruraux et périurbains, se situe au contact direct des recompositions sociales et des tensions locales. Elle est à la fois actrice du maintien de l’ordre et révélateur des transformations en cours.

Ainsi, les évolutions actuelles des violences traduisent moins une augmentation qu’une reconfiguration des rapports au politique et à l’autorité, dans un contexte de fragmentation sociale et de redéfinition des modalités de régulation étatique.

 

***

 

La transformation des violences : vers une « politisation diffuse »

De la violence comme débordement à la violence comme langage politique

Sur le temps long, les formes de violence évoluent avec les modes de contestation. Au XIXe siècle, le recul des insurrections armées, en particulier après la Commune, s’accompagne ainsi d’un déplacement vers des formes d’action plus encadrées, comme la grève ou la manifestation. Comme l’a montré la sociologie historique, les répertoires d’action collective se transforment en fonction des opportunités politiques et des réponses de l’État. La violence ne disparaît pas : elle change de forme. Plusieurs mutations récentes peuvent ainsi être mises en évidence.

La première mutation tient à la requalification de la violence elle-même. Traditionnellement perçue comme un excès marginal dans l’espace démocratique, elle tend aujourd’hui à être intégrée comme un mode d’action politique à part entière. Le juriste Jean-Eric Schoettl évoque une forme de « décivilisation » où la violence remplace progressivement le débat comme vecteur d’expression collective. Ce phénomène s’observe tant dans les mobilisations sociales que dans les interactions quotidiennes avec les représentants de l’État. Les forces de l’ordre, mais aussi les élus locaux, deviennent des cibles directes de cette conflictualité.

Le rapport du Centre d’analyse et de lutte contre les atteintes aux élus (CALAE) confirme cette tendance en objectivant la montée des atteintes aux élus, avec 2 501 faits recensés en 2024, dont une part significative de menaces et d’outrages. La centralité des élus locaux dans ces violences souligne le déplacement du conflit vers des figures de proximité incarnant l’autorité publique.
 

Une individualisation des violences et la fin des médiations collectives

La seconde transformation réside dans l’individualisation croissante des actes violents. Contrairement aux mouvements sociaux structurés du passé, les violences contemporaines échappent de plus en plus aux organisations intermédiaires (syndicats, partis, associations).

Luc Rouban, directeur de recherche émérite au CNRS, met en évidence l’émergence d’agressions commises par des « citoyens ordinaires sans passé militant », traduisant une désintermédiation du conflit. Cette évolution renvoie à une crise des corps intermédiaires et à une perte de capacité de régulation collective.

Cette individualisation s’accompagne d’une logique consumériste du rapport à l’État : les agents publics sont perçus comme des prestataires, et leur défaillance supposée peut justifier des réactions violentes. Il en résulte une banalisation des agressions contre les représentants de l’autorité.

 

Une hybridation des formes de violence : entre social, politique et criminel

Enfin, les violences contemporaines se caractérisent par une hybridation croissante. Les frontières entre violence sociale, violence politique et criminalité organisée tendent à s’estomper. L’exemple du narcotrafic est particulièrement éclairant. Celui-ci ne se limite plus à une activité criminelle, mais s’inscrit dans une logique de contrôle territorial, parfois décrite comme quasi-militaire. Il entre ainsi en concurrence directe avec l’État dans certains espaces.

De même, certaines mobilisations politiques radicalisées, tel que l’écoterrorisme, témoignent d’une montée en intensité des modes d’action, là aussi en copiant les codes militaires. Cette hybridation complexifie considérablement la réponse publique, en brouillant les catégories traditionnelles d’analyse.

 

Une crise du lien politique et du monopole de la violence légitime

La fragmentation du corps social : vers une « société archipel »

La transformation des violences contemporaines ne peut être comprise sans la replacer dans une dynamique plus large de fragmentation du corps social. L’analyse de Jérôme Fourquet converge vers l’idée d’une société française de plus en plus désagrégée, où les individus ne se reconnaissent plus dans un projet collectif commun : « un archipel d’îles s’ignorant les unes les autres ».

L’historien, philosophe et sociologue Marcel Gauchet évoque ainsi une société ayant déséquilibré son « noyau de l’être-ensemble », marquée par une perte du sentiment d’appartenance et une montée des logiques identitaires. Cette fragmentation produit un effet direct sur les formes de conflictualité : en l’absence de médiations collectives et de référents communs, le conflit tend à se radicaliser. La violence apparaît alors comme un moyen de réaffirmer une identité ou de compenser un sentiment d’invisibilité sociale.

Ce processus s’inscrit également dans une dynamique plus longue de « civilisation des mœurs », théorisée par Norbert Elias, marquée par un renforcement de l’autocontrôle individuel et une délégitimation progressive de la violence directe. Mais cette pacification relative ne signifie pas la disparition du conflit : elle s’accompagne au contraire de sa recomposition, dans des formes parfois plus diffuses, symboliques ou indirectes.

 

L’érosion de la légitimité étatique et la contestation du monopole de la violence

Dans la tradition weberienne, l’État moderne se définit par le monopole de la violence légitime. Or, l’un des traits les plus marquants de la période contemporaine réside précisément dans la remise en cause de ce monopole.

Plusieurs indicateurs témoignent de cette évolution. D’une part, une part non négligeable de la population considère désormais la violence comme légitime dans certaines situations, notamment pour défendre des intérêts privés ou des convictions. D’autre part, les violences dirigées contre les représentants de l’État — forces de l’ordre, élus, agents publics — se banalisent.

Les dernières élections municipales illustrent cette tendance à travers la persistance d’un niveau élevé d’atteintes aux élus, qui incarnent pourtant la légitimité démocratique locale. Le fait que les maires soient les principales cibles souligne le caractère profondément politique de cette remise en cause, comme le souligne le sociologue Michel Wieviorka.

Cette dynamique traduit une mutation du rapport à l’autorité : celle-ci n’est plus perçue comme légitime en soi, mais conditionnée à son efficacité immédiate. Lorsque l’État est jugé défaillant, certains individus ou groupes s’autorisent à recourir à la violence, contribuant ainsi à une forme de « privatisation » de l’usage de la force, pour reprendre l’expression de Luc Rouban.

 

Territorialisation des violences et logiques de sécession

La crise du monopole de la violence légitime se manifeste également par une territorialisation croissante des violences. Certains espaces — urbains comme ruraux — deviennent le théâtre de formes spécifiques de conflictualité, parfois durables.

Le développement de zones d’emprise du narcotrafic en constitue une illustration particulièrement frappante. Dans ces territoires, des groupes criminels imposent leurs propres normes, contrôlent les flux économiques et recourent à la violence pour maintenir leur domination. Il ne s’agit plus seulement de délinquance, mais d’une véritable concurrence avec l’autorité étatique. La DZ Mafia en est un parfait exemple comme le montre Davide Bremi, chercheur au CNAM.

Parallèlement, des formes de sécession plus diffuses émergent, qu’elles soient idéologiques (radicalisation politique), territoriales (repli communautaire) ou numériques (enfermement dans des sphères informationnelles homogènes). Ces dynamiques contribuent à affaiblir l’unité du cadre national et à multiplier les foyers de tension dans ce que Hasna Hussein appelle le « zapping de la radicalité ».

Dans ce contexte, l’action de l’État — et en particulier celle des forces de sécurité intérieure — se complexifie. Elle ne consiste plus seulement à maintenir l’ordre, mais à réaffirmer une légitimité contestée dans des espaces où celle-ci est fragilisée.

Cette crise du monopole de la violence légitime pose directement la question du rôle des institutions chargées de l’incarner. À cet égard, la gendarmerie nationale occupe une position singulière : à la fois force de sécurité, institution territoriale et interface entre l’État et la population.

 

La gendarmerie nationale à l’épreuve des recompositions de la violence

Une institution historiquement ancrée dans le territoire

La singularité de la gendarmerie nationale tient d’abord à son inscription historique dans les territoires. Héritière de la maréchaussée, elle constitue l’une des plus anciennes formes de présence étatique continue au plus près des populations : « le corps le plus utile de l’État ».

Comme le précise la loi du 28 Germinal an VI (17 avril 1798), la gendarmerie est « particulièrement destinée à la sûreté des campagnes et des grandes routes », ce qui en fait une institution structurante du maillage territorial français . Aujourd’hui encore, elle couvre environ 95 % du territoire et intervient auprès de près de la moitié de la population, principalement dans les espaces ruraux et périurbains.

Cette profondeur historique explique une caractéristique essentielle : la gendarmerie n’est pas seulement une force d’intervention, mais aussi une institution de présence. Elle incarne l’État dans des espaces parfois éloignés des centres décisionnels, contribuant à maintenir un lien quotidien entre autorités publiques et citoyens.

Cependant, cette proximité constitue une ambivalence. Historiquement perçue comme une force intrusive imposant les normes étatiques, la gendarmerie est progressivement devenue un acteur attendu de la sécurité locale, ainsi que le souligne Benoît Haberbusch. Aujourd’hui, cette relation de confiance est mise à l’épreuve par les transformations contemporaines de la violence.

 

Un capteur privilégié des tensions sociales et politiques

Du fait de son implantation territoriale, la gendarmerie apparaît comme un observatoire avancé des mutations sociales. Elle est souvent la première confrontée aux nouvelles formes de conflictualité, qu’il s’agisse de violences diffuses, de tensions locales ou de phénomènes émergents.

Les forces de l’ordre sont désormais confrontées à des agressions commises par des individus lambda, à une radicalisation de certaines mobilisations sociales, à une montée en puissance de logiques criminelles territorialisées. Cette position d’interface place la gendarmerie au cœur des contradictions contemporaines : elle doit à la fois répondre à des situations d’urgence et maintenir une relation de proximité avec la population.

Par ailleurs, dans un contexte de défiance généralisée, il n’est sans doute pas un hasard si les violences ciblent prioritairement les élus locaux, eux-mêmes en interaction étroite avec les unités de gendarmerie. La gendarmerie devient ainsi un acteur central dans la gestion des atteintes au pacte démocratique à l’échelle locale. Le général d’armée Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale, parle même du « couple maire-commandant de brigade ».

 

Entre adaptation opérationnelle et tensions structurelles

        Face à ces mutations, la gendarmerie a engagé plusieurs formes d’adaptation. Celles-ci se traduisent notamment par le renforcement des dispositifs de prévention (référents, accompagnement des élus), une meilleure coordination avec les acteurs locaux (préfectures, justice), et l’intégration de nouveaux champs d’intervention (cyber, renseignement territorial). Le dispositif du CALAE illustre cette évolution en articulant analyse, action et accompagnement des élus, dans une logique de réponse globale aux violences.

Toutefois, ces adaptations se heurtent à des tensions structurelles. La première tient à la contradiction, elle aussi historique, entre proximité et coercition : la gendarmerie doit maintenir la confiance tout en incarnant l’usage légitime de la force. La seconde réside dans l’extension du spectre des missions, qui tend à diluer les capacités opérationnelles face à des phénomènes de plus en plus complexes.

Enfin, la remise en cause du monopole de la violence légitime fragilise directement l’action des gendarmes. Ceux-ci ne sont plus seulement confrontés à des infractions, mais à des formes de contestation de leur légitimité même. Le rapport annuel de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale pour l’année 2024 révèle ainsi une augmentation de 1,6% des agressions physiques à l’encontre des gendarmes.

 

***

 

L’analyse des transformations contemporaines de la violence en France, à l’aune de l’histoire, met en évidence une mutation profonde du rapport au politique, à l’autorité et au territoire. La violence n’est plus seulement un phénomène marginal ou conjoncturel : elle devient, pour certains acteurs, un mode d’expression et de régulation.

Dans ce contexte, la gendarmerie nationale apparaît comme un révélateur privilégié de ces recompositions. Par son ancrage territorial, elle capte les signaux faibles de la fragmentation sociale ; par ses missions, elle se trouve en première ligne de la contestation du monopole de la violence légitime.

Dès lors, l’enjeu dépasse largement la seule question sécuritaire. Il renvoie à une interrogation fondamentale sur la capacité de l’État à maintenir un cadre commun de régulation et à restaurer la confiance dans les institutions. La réponse à cette crise ne peut être uniquement opérationnelle : elle suppose une réflexion plus large sur les conditions de recomposition du lien politique dans la France contemporaine.


 


 


 

 

 

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Renseigner en temps de crise et de conflit : un nouveau numéro de la Revue historique des armées

Publié le 7 Avril 2026 dans Algérie, Revue, armées, article, défense, guerre, histoire, militaire, Renseignement

La Revue historique des armées publie son dernier numéro (2026/1, n°320), consacré à une thématique ô combien d'actualité : le renseignement en temps de crise et de conflit.

Parmi les 8 articles proposés, deux contributions retiennent particulièrement mon attention.

 

La DST dans la guerre d’Algérie : le service de contre-espionnage entre anticipation, coopération et engagement total

Dans son article, Olivier Brun revient sur la genèse et le rôle de la Direction de la Surveillance du Territoire dans le contexte de l’après-Libération et de la guerre d’Algérie.

 

Des lauriers glorieux aux honneurs silencieux : les décorations du 44e régiment d’infanterie

L’étude proposée par Pierre Vermeersch offre quant à elle un contrepoint original en s’intéressant aux décorations tardives du 44e régiment d'infanterie, aujourd’hui associé à la DGSE, eu égard à une histoire ancienne méconnue.

 

Un numéro à retrouver ici : Renseigner en temps de crise et de conflit | Cairn.info

 

 

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Publication : Gendarmerie et ruralités - Un héritage stratégique pour aujourd’hui

Publié le 30 Mars 2026 dans Gendarmerie, Revue, histoire, militaire, Ruralité

La revue Constructif vient de publier un article particulièrement éclairant du commandant Benoît Haberbusch (Chaire HiGeSeT) consacré aux liens profonds entre la gendarmerie et les espaces ruraux.

À travers une approche historique sur le temps long, cet article invite à dépasser les idées reçues pour mieux comprendre la place singulière de la gendarmerie dans les territoires.

Cet article rappelle avec force que la relation entre gendarmerie et ruralités n’est ni figée ni évidente : elle est le produit d’une construction historique, faite de tensions, d’adaptations et d’appropriations réciproques.

Plus qu’un héritage, cet ancrage territorial constitue aujourd’hui un enjeu stratégique majeur pour penser la sécurité du XXIe siècle.

A lire absolument pour celles et ceux qui s'intéressent à l'histoire de la gendarmerie, à la sécurité des territoires et aux mutations du monde rural.

 

L'article est à retrouver ici : https://shs.cairn.info/revue-constructif-2026-1-page-58?lang=fr

 

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Mise en ligne du n°17 de Histoire et Patrimoine des gendarmes : un siècle de direction de la gendarmerie

Publié le 25 Mars 2026 dans DGGN, Gendarmerie, Revue, commandement, histoire, militaire

La revue Histoire et Patrimoine des gendarmes vient de mettre en ligne son numéro 17, consacré à un thème particulièrement structurant pour l’histoire de l’institution : le centenaire de la direction de la gendarmerie.

Ce dossier offre une plongée riche et nuancée dans la construction progressive d’un organe essentiel au pilotage de l’Arme, depuis ses racines au XIXᵉ siècle jusqu’aux formes contemporaines de la direction générale.

 

Coordonné autour de la thématique des « cent ans de direction(s) », ce numéro rassemble de nombreuses contributions qui éclairent les étapes majeures de cette évolution. L’ensemble compose un panorama particulièrement utile pour comprendre les enjeux de commandement, de gouvernance et d’identité au sein de la gendarmerie.

 

J’ai eu pour ma part le plaisir de contribuer à ce numéro avec un article intitulé : « La direction de la gendarmerie sous l’Occupation (juin 1940 – juin 1944) ». Ce travail s’inscrit dans mes recherches sur le fonctionnement de l’institution en période de crise. Il propose d’analyser la manière dont la direction de la gendarmerie s’adapte à un contexte politique, militaire et administratif profondément contraint.

 

Le numéro complet est accessible en ligne, ainsi que chaque article individuellement : 

https://www.force-publique.net/2024/10/13/revue-histoire-et-patrimoine-des-gendarmes-n17/

 

Une version papier est également disponible via la boutique en ligne de la revue.

 

Ce numéro constitue une ressource précieuse pour les chercheurs, les étudiants et les passionnés d'histoire de la gendarmerie, en apportant un éclairage structurant sur une dimension souvent moins visible, peu connue, mais essentielle : celle de sa direction.

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Un café historique à ne pas manquer !

Publié le 23 Mars 2026 dans Gendarmerie, armées, défense, forces de sécurité, gendarmerie mobile, histoire, militaire, éducation

Les amateurs d’histoire des forces de sécurité et du maintien de l’ordre ont rendez-vous le jeudi 26 mars à 19h00 pour un café virtuel consacré à un sujet central mais encore trop peu connu dans toute sa profondeur : la gebdarmerie mobile du XIXe au XXIe siècle.

Organisée par l'Association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG), cette rencontre réunira deux historiens reconnus, auteur avec Édouard Ebel d'un ouvrage de référence sur le sujet (Événement : la gendarmerie mobile enfin racontée dans un livre de référence - Regard d'historien) :

  • Jean-Noël Luc (Sorbonne Université) ;
  • Laurent Lopez (Service Historique de la Défense).

À travers leurs échanges, c’est toute l’évolution d’une force essentielle du maintien de l’ordre qui sera retracée, depuis ses origines jusqu’aux enjeux contemporains.

 

Parmi les thèmes abordés, plusieurs moments clés permettront de mieux comprendre la singularité de la gendarmerie mobile :

  • la création, en 1921, d’une force spécialisée dans la gestion des foules;
  • les engagements des années 1930, entre troubles sociaux et opérations spécifiques, notamment en Corse;
  • le rôle de cette force militaire dans les contextes de guerre, en particulier durant les conflits de décolonisation ;
  • les transformations profondes liées aux événements de 1968, tant en matière de doctrine que d’équipement ;
  • ou encore l’épisode d’Aléria en 1975, dont les conséquences ont durablement marqué la réflexion sur le maintien de l’ordre.

Au-delà de ces jalons, la rencontre permettra également d’interroger des questions toujours actuelles :

  • la distinction entre les différentes forces de sécurité engagées dans l’espace public ;
  • les principes encadrant l’usage de la force ;
  • et, plus largement, l’évolution du rapport entre ordre public et libertés.

 

Ce type d’initiative rappelle combien l’histoire du maintien de l’ordre est un champ vivant, au croisement des enjeux politiques, sociaux et institutionnels.

Pour les chercheurs, les étudiants comme pour les professionnels, ce café virtuel constitue une occasion précieuse de croiser les regards, de replacer les débats contemporains dans le temps long et d’enrichir la réflexion collective.

 

Jeudi 26 mars 2026 à 19h00

inscription obligatoireaphg.creteil.inscriptions@gmail.com

 

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Nouvel épisode de Gens d'armes : Loyada, 1976 — Le jour où le GIGN est entré dans l’Histoire

Publié le 22 Mars 2026 dans Djibouti, Loyada, GIGN, Gendarmerie, armées, défense, histoire, militaire, mémoire, podcast

Certains événements marquent durablement une institution. D’autres la fondent.

La prise d’otages de Loyada, le 3 février 1976, appartient à ces moments charnières où, en quelques secondes, se cristallisent des choix, des risques et une certaine idée de l’engagement.

Face à cette crise, une unité encore jeune est engagée : le GIGN, créé seulement deux ans plus tôt.

Et, au cœur de tout, une décision : intervenir.

Une opération fondatrice

Loyada n’est pas seulement une opération spectaculaire. C’est un moment fondateur dans l’histoire du GIGN.

Mais Loyada est aussi un drame. Comme souvent dans ce type d’opération, le succès tactique ne fait pas disparaître la violence de la situation ni ses conséquences humaines.

Entre histoire et mémoire

Avec le recul de l’historien, Loyada apparaît comme un moment de bascule.
Elle marque l’entrée du GIGN dans une nouvelle dimension : celle des unités capables d’intervenir dans les crises les plus critiques, en France comme à l’étranger.

Elle s’inscrit également dans un contexte plus large : celui des années 1970, marquées par la montée des prises d’otages et des violences politiques, qui imposent aux États de repenser leurs réponses.

Enfin, Loyada rappelle une constante : derrière les récits d’opérations, il y a toujours des hommes, des décisions, et une part d’incertitude irréductible.

Écouter l’épisode

Dans ce nouvel épisode de Gens d’armes, je vous propose de revenir au plus près de cet événement.

Un récit immersif, pour comprendre :

  • les enjeux de la crise,
  • les choix tactiques,
  • et ce moment précis où l’histoire bascule.

À écouter ici et sur vos plateformes habituelles : 

https://smartlink.ausha.co/gens-d-armes-de-la-marechaussee-a-la-gendarmerie-nationale/loyada-1976-le-jour-ou-le-gign-est-entre-dans-l-histoire

 

 

 

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